Rien ici aujourd’hui ne rappelle ce qui s’est passé le soir du 17 mai 1667.
Ce soir-là, deux hommes entrèrent dans une chambre du château. L’un portait un pistolet et une fiole de poison. L’autre, une épée. C’étaient ses beaux-frères : Henri, dit l’Abbé, et Bernardin, le Chevalier.
Vous devez mourir, Madame. Choisissez la lame, le coup de feu ou le poison.
Elle s’appelait Diane de Joannis de Chateaublanc, marquise de Ganges. Elle avait trente-deux ans. Née près d’Avignon en 1635, elle avait été célèbre à la cour de Louis XIV, où on l’appelait la belle Provençale. Elle avait même dansé dans un ballet aux côtés du roi. Veuve très jeune, elle épousa un Ganges en 1658.
Elle était aussi très riche – un fait sur lequel repose toute l’histoire. Pendant des années, la famille de son mari l’avait poussée à modifier son testament en leur faveur. Quelques jours plus tôt, ils avaient obtenu le testament qu’ils voulaient. À partir de ce moment, elle valait plus morte que vivante.
Elle choisit le poison. Puis, restée seule, elle se le fit revenir avec une tresse de ses propres cheveux. Ensuite elle sauta d’une fenêtre du château et s’enfuit dans les rues de Ganges. Elle courut pieds nus, criant qu’on l’avait empoisonnée.
Les portes de Ganges restèrent closes. Cela se comprend aisément : les seigneurs de Ganges, c’était cette famille. Ouvrir sa porte, c’était se dresser contre les gens les plus puissants de la ville. Il était plus sage de ne rien entendre.
Mais au numéro 17 de la Grand-Rue, une porte s’ouvrit. Le maître de maison était absent, si bien que ce furent trois femmes qui la recueillirent. C’étaient la femme qui habitait là, et deux amies venues lui rendre visite. Elles n’eurent que quelques secondes pour décider.
Ses beaux-frères la rattrapèrent là. Ils la frappèrent de leurs épées jusqu’à ce que la lame se brise dans son épaule.
Elle ne mourut pas cette nuit-là. Elle vécut encore dix-neuf jours dans cette maison. Dix-neuf jours pendant lesquels les dames du 17 Grand-Rue durent la veiller, la laver, l’aider à boire. Elle mourut le 5 juin 1667.
Le scandale parcourut le royaume tout entier. Madame de Sévigné en écrivit. Plus tard, le marquis de Sade et Alexandre Dumas en firent des romans. Toutes ces histoires mettent en scène le poison, l’épée, les deux frères. C’est cette partie qui se raconte bien.
Mais les noms des trois femmes ne nous sont pas parvenus.
Le château a disparu. La rue et la maison qui s’y trouve sont toujours là.
Les hommes puissants de cette ville ont laissé leur nom sur un château démoli. Ces trois femmes n’ont laissé aucun nom – mais on parle encore d’elles.
Rien ici aujourd’hui ne rappelle ce qui s’est passé le soir du 17 mai 1667.
Ce soir-là, deux hommes entrèrent dans une chambre du château. L’un portait un pistolet et une fiole de poison. L’autre, une épée. C’étaient ses beaux-frères : Henri, dit l’Abbé, et Bernardin, le Chevalier.
Vous devez mourir, Madame. Choisissez la lame, le coup de feu ou le poison.
Elle s’appelait Diane de Joannis de Chateaublanc, marquise de Ganges. Elle avait trente-deux ans. Née près d’Avignon en 1635, elle avait été célèbre à la cour de Louis XIV, où on l’appelait la belle Provençale. Elle avait même dansé dans un ballet aux côtés du roi. Veuve très jeune, elle épousa un Ganges en 1658.
Elle était aussi très riche – un fait sur lequel repose toute l’histoire. Pendant des années, la famille de son mari l’avait poussée à modifier son testament en leur faveur. Quelques jours plus tôt, ils avaient obtenu le testament qu’ils voulaient. À partir de ce moment, elle valait plus morte que vivante.
Elle choisit le poison. Puis, restée seule, elle se le fit revenir avec une tresse de ses propres cheveux. Ensuite elle sauta d’une fenêtre du château et s’enfuit dans les rues de Ganges. Elle courut pieds nus, criant qu’on l’avait empoisonnée.
Les portes de Ganges restèrent closes. Cela se comprend aisément : les seigneurs de Ganges, c’était cette famille. Ouvrir sa porte, c’était se dresser contre les gens les plus puissants de la ville. Il était plus sage de ne rien entendre.
Mais au numéro 17 de la Grand-Rue, une porte s’ouvrit. Le maître de maison était absent, si bien que ce furent trois femmes qui la recueillirent. C’étaient la femme qui habitait là, et deux amies venues lui rendre visite. Elles n’eurent que quelques secondes pour décider.
Ses beaux-frères la rattrapèrent là. Ils la frappèrent de leurs épées jusqu’à ce que la lame se brise dans son épaule.
Elle ne mourut pas cette nuit-là. Elle vécut encore dix-neuf jours dans cette maison. Dix-neuf jours pendant lesquels les dames du 17 Grand-Rue durent la veiller, la laver, l’aider à boire. Elle mourut le 5 juin 1667.
Le scandale parcourut le royaume tout entier. Madame de Sévigné en écrivit. Plus tard, le marquis de Sade et Alexandre Dumas en firent des romans. Toutes ces histoires mettent en scène le poison, l’épée, les deux frères. C’est cette partie qui se raconte bien.
Mais les noms des trois femmes ne nous sont pas parvenus.
Le château a disparu. La rue et la maison qui s’y trouve sont toujours là.
Les hommes puissants de cette ville ont laissé leur nom sur un château démoli. Ces trois femmes n’ont laissé aucun nom – mais on parle encore d’elles.

